Les perturbateurs endocriniens sont des substances chimiques qui interfèrent avec notre système hormonal. On les trouve dans les emballages alimentaires, les cosmétiques, les pesticides, les textiles – au cœur de notre quotidien.
Deux publics, deux actions !
ToxicFree Suisse informe le grand public sur ces substances, propose des conseils pratiques pour réduire son exposition, et interpelle les autorités pour que la réglementation soit à la hauteur des enjeux sanitaires.
Notre mission est de rendre la science sur ces substances accessible à toutes et tous, pour permettre à chacun·e d'agir au quotidien et exiger collectivement les changements qui s'imposent.

Actualités

Octobre rose : le dépistage, oui. Mais si on parlait aussi des causes ?
Chaque année en octobre, le rose envahit les vitrines, les réseaux sociaux et les bilans de santé. Octobre rose sensibilise au cancer du sein, encourage le dépistage, crée de la solidarité autour des femmes touchées. Tout cela est nécessaire, et nous le soutenons. Mais cette année, ToxicFree Suisse veut poser une question que l’on évite souvent : pourquoi Octobre rose parle-t-il si peu des causes ?
Une origine qui mérite d’être connue
Octobre rose naît aux États-Unis en 1985, cofondé par l’American Cancer Society et Imperial Chemical Industries (ICI), un géant britannique de la chimie. ICI vendait à l’époque le tamoxifène, un traitement du cancer du sein, mais aussi des pesticides comme le paraquat, interdit en Europe depuis 2007.
En 1993, ICI sépare ses activités pharmaceutiques et agrochimiques dans une nouvelle société, Zeneca, qui produit l’acétochlore, un herbicide classé cancérogène probable aux États-Unis. Ces activités donneront naissance à deux géants que nous connaissons bien : AstraZeneca et Syngenta.
Un même groupe vendait donc des substances chimiques susceptibles de favoriser le cancer, le médicament pour le traiter, et finançait la campagne pour le dépister. Zeneca a même possédé un temps des centres de traitement du cancer aux États-Unis.
Ce n’est pas un complot. C’est une réalité historique documentée, qui aide à comprendre pourquoi le débat public sur le cancer du sein tourne si souvent autour du dépistage plutôt que des causes environnementales.
Ce que la science dit sur les causes
Le cancer du sein est une maladie multifactorielle. Les facteurs de risque établis comprennent l’âge, les prédispositions génétiques (gènes BRCA1, BRCA2), la consommation d’alcool, l’obésité, les traitements hormonaux de la ménopause et le tabac.
Mais la science pointe également vers des causes environnementales de plus en plus documentées, en particulier du côté des perturbateurs endocriniens.
Le cancer du sein est un cancer hormono-dépendant. Or les perturbateurs endocriniens imitent les œstrogènes, les bloquent ou les amplifient. Le tissu mammaire, particulièrement sensible aux variations hormonales, est donc une cible directe.
En octobre 2025, une équipe de recherche alsacienne a présenté une avancée scientifique majeure : pour la première fois, des perturbateurs endocriniens ont été détectés directement dans des tumeurs mammaires humaines. L’étude, menée sur 931 patientes, a analysé la présence de 578 pesticides, d’une trentaine de métaux lourds et de quatre types de PFAS dans les tissus tumoraux.
Par ailleurs, des chercheurs de l’INSERM, de l’INRAE et de l’Université Sorbonne Paris Nord ont montré, via la cohorte NutriNet-Santé, que les femmes consommant des aliments issus de l’agriculture biologique présentaient un risque plus faible de cancer du sein en post-ménopause. Ce résultat apporte un éclairage direct sur le lien entre exposition alimentaire aux pesticides et incidence du cancer.
Les études de laboratoire sur le bisphénol A sont également préoccupantes : des lésions précancéreuses du sein ont été obtenues chez des rongeurs à des doses très inférieures aux seuils réglementaires actuels. Le lien causal chez l’humain n’est pas encore établi de façon définitive. La science est honnête sur les difficultés méthodologiques : effets à très faibles doses, longue période de latence, exposition simultanée à des dizaines de substances. Mais le faisceau de preuves est désormais suffisamment solide pour que le principe de précaution s’applique pleinement.
Le problème de la redirection de la responsabilité
Pendant ce temps, des entreprises qui commercialisent ces substances apposent un ruban rose sur leurs produits en octobre, sans pour autant en retirer les perturbateurs endocriniens, les PFAS ou les pesticides de leurs compositions.
C’est ce que les chercheurs et chercheuses appellent le “pinkwashing” : une opération de communication qui oriente le regard vers le dépistage et la solidarité, en détournant l’attention des causes industrielles et réglementaires.
La responsabilité est ainsi progressivement transférée aux individus, et en particulier aux femmes, invitées à se faire dépister, à changer leurs habitudes, à choisir des produits “plus sains”. Pendant que les producteurs de substances liées à l’augmentation des cancers continuent à les commercialiser sans contraintes suffisantes.
Ce que ToxicFree Suisse demande
Octobre rose doit rester ce qu’il est : un moment de solidarité et de sensibilisation au dépistage. Mais il devrait aussi être l’occasion de nommer ce qui contribue à l’augmentation des cancers du sein, et d’exiger une réglementation plus stricte sur les substances incriminées.
En Suisse, plusieurs substances classées perturbateurs endocriniens par l’Union européenne restent autorisées dans les produits cosmétiques, alimentaires et agricoles. Ce décalage réglementaire a un coût sanitaire que nos systèmes de santé publique absorbent, pendant que les industriels continuent à en tirer profit.
Prévenir le cancer du sein, c’est encourager le dépistage. C’est aussi s’attaquer aux causes.
Sources : INSERM, INRAE, RCF Alsace (étude alsacienne sur les PE dans les tumeurs mammaires, 2025), OMS, CIRC/IARC, Cancer Environnement (réseau INSERM/INCa)
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